À São Miguel, le sol cuit le cozido et chauffe les bains
Aux Açores, un ragoût mijote six heures sous terre, des bassins fument au pied du Fogo et des forages alimentent le réseau électrique de l’île.
En bref
- São Miguel mesure 60 kilomètres de long et est dominée par trois strato-volcans actifs.
- À Furnas, le cozido cuit six heures dans des trous chauffés par la géothermie.
- Une troisième centrale géothermique est en construction sur l’île.
- Un centre d’alerte suit séismes, mouvements du sol et gaz en temps réel.
À Furnas, dans l’est de São Miguel, la cuisine se fait dans des trous creusés au bord d’un lac. Cette île, la plus grande et la plus peuplée des Açores, vit au contact de volcans que ses habitants ont appris à mettre au travail, comme le raconte Geo dans son reportage.
Une île bâtie sur trois volcans actifs
São Miguel s’étire sur 60 kilomètres et trois strato-volcans actifs la dominent. Au centre s’élève le Fogo, dont le lac de cratère repose à 600 mètres d’altitude. L’archipel entier se situe à la jonction des plaques tectoniques américaine, africaine et eurasiatique, ce qui explique cette énergie sous les pieds.
À Furnas, la caldeira est une vaste cuvette née d’éruptions et d’effondrements répétés au cours des 800 000 dernières années. L’ancien cratère est devenu un lac, bordé d’un champ de fumerolles où s’échappent gaz et vapeur d’eau. C’est précisément là que sont aménagés les trous à cuisson.
Le cozido, un ragoût qui cuit sous la terre
Le cozido das Furnas associe porc, bœuf, poulet et légumes. Il mijote six heures à l’étouffée dans des trous chauffés par la géothermie. Le restaurant A Terra, à Furnas, propose même un atelier où l’on empile soi-même les ingrédients dans la marmite avant de l’enterrer.

La pratique n’a rien d’un décor pour visiteurs. Paulo Costa, 39 ans, chef de Caldeiras e Vulcões, raconte : « Dans ma famille, on prépare le cozido depuis au moins l’époque de mes grands-parents ». Une quarantaine et quelques de « trous chauds » bordent le lac, accessibles à chacun dans la limite des disponibilités. Les familles s’en servent pour les grandes occasions et pour la fête annuelle de juillet.
Le chef cuit aussi à la chaleur du sol une feijoada, une bacalhoada et un cozido végétarien. Certains habitants y préparent riz au lait ou gâteaux. Un détail démographique éclaire ces retrouvailles : un million d’Açoréens vivent hors de l’archipel, contre 240 000 sur place.
Où se baigner autour de Furnas et du Fogo
Les eaux ont peuplé Furnas, selon Cidália Costa, de l’office de tourisme : « Ce sont les eaux qui ont impulsé le peuplement de Furnas, après la dernière éruption du volcan, en 1630 ». La quarantaine de sources de l’« hydropole » alimente aussi des bains thermaux, dont certains datent de la fin du XVIIIe siècle.
| Lieu | Ce que l’on y trouve |
|---|---|
| Second champ de fumerolles de Furnas | Une quinzaine de fontaines aux sources chaudes ou froides, pétillantes ou non, riches en fer, sodium ou sulfate, avec nom et parfois température sur des carreaux de faïence |
| Hôtel près des fumerolles | Des piscines aux eaux ferrugineuses noirâtres |
| Parc Terra Nostra | Un jardin botanique de 1 800 espèces et un bassin circulaire des années 1930, à l’eau orangée entre 36 et 40 °C |
| Caldeira Velha, flanc nord du Fogo | Une succession de bassins d’eau chaude sous une cascade, dans une forêt de fougères arborescentes |
De la chaleur du sol à l’électricité
Près de Pico Vermelho, un assemblage de tuyaux argentés surgit au milieu des pâturages. L’usine est l’une des deux centrales géothermiques de l’île, bâties dans les années 1990 et 2000. Des forages remontent eau et vapeur pour produire du courant. Graça Rangel, de la compagnie publique Eda Renováveis, souligne l’atout local : « À 400 mètres de profondeur, on atteint déjà 200 degrés Celsius ! »
Cette troisième centrale est en construction, juste à côté de celle de Pico Vermelho.
Vivre sur ces volcans suppose de les surveiller. À Ponta Delgada, la vulcanologue Fatima Viveiros dirige l’IVAR, l’institut qui étudie les volcans de l’archipel. Avec la protection civile, elle gère un centre d’alerte suivant en temps réel séismes, déformations du sol et émanations gazeuses grâce à des capteurs. Elle précise : « Statistiquement, on doit s’attendre à un séisme important tous les dix-huit ans et à une éruption tous les vingt ans ».
Photo : Lucas Tran / Pexels
