Kakadu, Tiwi, Darwin : des cultures aborigènes vivantes à découvrir dans le Top End
Dans le Territoire du Nord, les peuples aborigènes pèsent bien plus lourd dans la population qu’à l’échelle nationale, et leurs cultures se lisent dans le paysage, l’art et les rituels.
En bref
- Plusieurs centaines de nations, donc pas une culture unique mais des langues et traditions distinctes
- À Kakadu, les parois peintes servent de mémoire et de bibliothèque
- Les Tiwi, accessibles par la mer, entretiennent rituels funéraires et création contemporaine
- À Darwin, la culture larrakia se redéploie dans l’espace public
Voyager dans le Territoire du Nord, c’est croiser des cultures qui ne relèvent pas du musée. Langues, récits, cérémonies et savoirs du territoire s’y transmettent encore, comme le détaille geo.fr dans son reportage sur trois peuples du Top End. Quelques repères aident à comprendre ce que l’on voit avant d’aller à Kakadu, aux îles Tiwi ou à Darwin.
Des repères pour lire le pays
Évoquer une unique culture aborigène induirait en erreur. Le continent abritait, bien avant que les Britanniques n’y débarquent en 1788, de nombreuses centaines de nations différentes. Chacune possédait sa propre langue, ses traditions, ses territoires et son mode d’organisation sociale.
Un terme revient néanmoins fréquemment : Country. Aux yeux des peuples autochtones, ce mot englobe les ancêtres, la faune, la flore, les rivières, les sites sacrés ainsi que les histoires qui s’y rattachent. Les êtres humains ne le possèdent pas : ils en assurent la garde. Selon les récits du Dreaming, le Temps du Rêve, des êtres ancestraux ont façonné le monde. Dans beaucoup de traditions du nord, une place centrale revient au Serpent Arc-en-ciel, que l’on associe à l’eau, à la fertilité et à la création.
Pour définir une personne, on s’appuie sur son clan, ses attaches familiales, ses responsabilités dans les cérémonies et, parfois, son totem, qui renvoie à un animal, à un végétal ou à un élément de la nature. Dans plusieurs communautés du nord, il existe des règles d’évitement : un homme adulte ne parle par exemple pas directement à sa belle-mère.
Kakadu, où la roche sert de mémoire
Kakadu, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, est la terre ancestrale des Bininj et des Mungguy. Les propriétaires traditionnels et Parks Australia le cogèrent. Chaque escarpement, point d’eau et plaine inondable y a un sens particulier, au sein d’un réseau de récits transmis depuis des générations. Ubirr et Burrungkuy abritent plusieurs milliers de peintures, les plus anciennes datant de 20 000 ans, si bien que Kakadu figure parmi les plus importants ensembles d’art rupestre de la planète.
Dans le style appelé « aux rayons X », barramundis, tortues et crocodiles sont dessinés avec leurs os et leurs organes. Sur les falaises vivent aussi, dit-on, les Mimi, des êtres spirituels très fins logés dans les fissures du rocher. D’autres peintures racontent les rencontres initiales avec les pêcheurs macassans arrivés d’Indonésie, puis avec les Européens. Pour les Bininj et les Mungguy, ces œuvres forment des bibliothèques à ciel ouvert, qui font passer des savoirs sur les animaux, les saisons, les lieux sacrés et les règles de la vie sociale.
Les habitants comptent six saisons, qu’ils reconnaissent à des signes comme les fleurs de certaines plantes, le retour des oiseaux migrateurs, la conduite des crocodiles ou la crue des eaux. Ces repères orientent la chasse, la pêche, la récolte et les brûlages contrôlés, et ces connaissances servent encore à gérer le parc.
Îles Tiwi, une culture vécue au quotidien
Depuis le nord de Darwin, on gagne les îles Tiwi par la mer. Les Tiwi y possèdent leurs propres langues, récits, cérémonies et règles de vie. La mer est à la fois un chemin pour se déplacer et un garde-manger. Pour certaines familles, la pêche, la chasse et la collecte restent une réalité de la vie, et les savoirs passent sur le terrain, par les parents ou les grands-parents : dès le plus jeune âge, on apprend à identifier les espèces et à savoir où et quand les prélever.
Sur ces îles, un rocher, une plage ou une portion de forêt peut se rattacher à un ancêtre, à un épisode du Dreaming ou à une règle précise. Le Pukumani est un rituel funéraire célébré après la mort d’un membre de la communauté ; il met à contribution les familles, les chants, les danses, les peintures sur le corps et les objets rituels. Parmi ces derniers, les Pukumani poles, des poteaux sculptés et peints, sont dressés autour de la tombe et conçus pour une personne précise.
Des artistes tiwi transposent peintures, sculptures et tissus sur de nouveaux supports et exposent jusque hors d’Australie. Les habitants fréquentent l’école, ont un emploi, se servent d’Internet et voyagent.
Darwin, sur le territoire des Larrakia
La capitale du Territoire du Nord est bâtie sur la terre ancestrale des Larrakia, les « Saltwater People », pour lesquels la mer, les rivières et les mangroves occupent une place centrale. Avec la colonisation, leur accès aux terres s’est amoindri et la transmission de leurs langues et de leurs pratiques a été perturbée. Leur culture vit pourtant un mouvement de renouveau, porté par des familles, des artistes et des organisations communautaires, que l’on perçoit dans les espaces publics de Darwin.
Photo : Leah Newhouse / Pexels
